Colorful Prose

Le Train-Train Quotidien - Caroline HUTTNER

October 16th, 2006 by dani

Grelottant sur le quai de la gare, les mains serrant un journal et mon livre « Le Voyageur Imprudent », je fredonne « Les Passantes » en regardant les gens, la tête légèrement enfouie dans mon écharpe. Dans le hall de la gare, on entend le micro craqueter :
- Les voyageurs à destination de la Croisière s’Amuse avec changement à L’Ile Fantastique sont priés de se rendre au guichet d’Information Voyageurs.
- Quelle étrange destination!
Je fouille désespérément dans mon sac, entre la trousse de maquillage et les lunettes de vue pour vérifier mes billets de train à destination de « Home Sweet Home». Je suis rassurée. Soudain, je vois une horde de gens se précipiter vers le guichet d’Information Voyageurs.
- Mais qu’est-ce qu’ils ont tous ?
D’un pas lent, un peu gauche, comme une crabe, je me rapproche ni vue ni connue vers l’attroupement.

J’entends marmonner les gens qui font apparemment des réclamations. Je me m’avance un peu plus. Puis, tout d’un coup, les gens se dispersent, traversent à grands pas le quai de la gare, et s’engouffrent dans un vieux coucou à vapeur du 18ème siècle.
- Mais enfin, c’est quoi cette gare ?! Read the rest of this entry »

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L’Abus

October 16th, 2006 by dani

Ses paupières bleues
restent collées
l’une contre l’autre
pour ne pas voir
les coups qu’elle subit.
Car une fois révéillée,
la responsibilité écrasante
de se défendre
les tiendra ouvertes
à jamais.

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Mon travail et ses odeurs - Jacqueline SAUVAGE

October 16th, 2006 by dani

Comme le veut la tradition, il faut suivre son mari partout. Aussi, un jour de mars 1996, je quittais seize ans d’une activité au service d’autrui, pleine d’odeurs, de plaisirs.
Quelle satisfaction de sentir le regard confiant d’un patient allongé sur un fauteuil qui cherche dans vos yeux le réconfort.
Quel bonheur de lire la joie du travail fini et les remerciements de nos patients, leurs angoisses élucidées.
Quel plaisir d’ouvrir la porte du cabinet chaque matin est d’y retrouver les odeurs quotidiennes. Ses odeurs, comme le clou de girofle, condiment culinaire, qui est une essence des préparations dentaires et, associé à une poudre, permet d’obtenir la fabrication d’un pansement calmant la douleur. Read the rest of this entry »

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Le chant d’une Sirène ! - Jean CAMPION

October 16th, 2006 by dani

Ca fait pourtant bien longtemps que je ne crois plus aux Sirènes. Devrais-je admettre que je m’étais trompé ?

Pendant la période des vacances, j’avais pris l’habitude de débuter ma journée en me promenant le long de la grève. J’y avais trouvé un endroit idéal, tranquille, propice à mon besoin d’évasion et j’y avais élu domicile.

Ce matin-là, j’étais un peu fébrile, en me dirigeant vers la petite crique. Pourquoi ?… Je ne saurais le dire. J’aimais cet endroit calme et presque intemporel, endroit qui m’était devenu, au fil des jours, si familier… Je m’y donnais souvent rendez-vous égoïstement. Allongé sur le sable fin, je me prenais alors à rêver, laissant mon imagination vagabonder à sa guise. Je me laissais emporter par une sorte de griserie mentale qui se mêlait aux senteurs iodées venues du large. Le ressac de mes pensées venait buter sur les à priori de mon quotidien, comme les vagues léchant inlassablement le rocher de granit rose dressé en avant garde à dix pas de la falaise. Il devait y avoir similitude entre l’agitation de cette nature sauvage et le roulis de mes pensées confuses. Read the rest of this entry »

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Tea-Time - Liliane LASBLEIS

October 16th, 2006 by dani

Le crachin obstiné qui mouille les pavés
Du village endormi autour du presbytère
Transperce mon chapeau et mes habits légers
L’éclaircie ce matin fut bien trop éphémère !

Au coin d’une ruelle , oublié par le temps ,
Un beau salon de thé , caché sous le cytise ,
Semble s’être assoupi , attendant le chaland ,
J’entre pour m’y sécher , retrouver belle mise .

C’est un hâvre de paix et de quiétude tendre ,
Que ce modeste endroit aux parfums enivrants .
Des théières en Wedgewood s’apprêtent à répandre
Dans les tasses fragiles le breuvage apaisant .

Un subtil Darjeeling , légèrement infusé ,
Et prestement versé dans la coupe fleurie,
Enchante mes papilles , et le scone bien doré ,
Dans l’assiette en faïence invite à l’appétit .

Sur la grosse moquette tant de fois piétinée ,
Mes souliers fatigués prennent un peu de repos ,
Un couple de ladies tout de mauve habillées
S’entretient à mi-voix , se choisit un gâteau .

Des serveuses accortes , le tablier noué ,
Font teinter doucement les cuillers en argent .
Une pendule au mur , baroque et chamarrée ,
Egrène les secondes et me dit en passant

Qu’hélas je vais bientôt quitter ce nid douillet
Et retrouver dehors la pluie et la grisaille
Laisser derrière moi chaleur et volupté
En sachant que dès lors et aussi où que j’aille

Dans un coin de mon coeur , bien au chaud , à l’abri
Le souvenir charmant de ce petit salon
Aura à tout jamais un goût de paradis.
Quand j’y repenserai , comme mes yeux brilleront !

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Jingle Bells - Caroline HUTTNER

October 16th, 2006 by dani

C’est bientôt Noël, et je déambule perdue dans les allées de supermarché pour acheter les cadeaux de Noël. Sous une musique assourdissante, je grimace devant les prix des décorations, en démêlant les guirlandes pour essayer d’en sortir celle que je veux. Je reste perplexe devant les panneaux vantant les vacances paradisiaques par excellence pour les frileux de Noël, affichés entre les boîtes de conserves, les lessives, les couches culottes et le dernier véhicule japonais.

Et au lieu d’un pas suave et féline sur une plage divine, taquinant les écumes de l’eau avec la pointe de mes pieds exquis, un Daiquiri orné d’un palmier en papier rose à la main à 40° à l’ombre, je me réjouis de partir au ski ramasser des bleus.

J’attaque les – 10° et j’enfile mes petits pieds dans des grosses chaussettes marron, bien épaisses qui grattent. J’arbore mon bonnet de ski criard, très chic sur la tête, mes lunettes anti-brume, anti-tempête, anti-avalanche, à la mode des « Fous de l’Extrême ». Je reprends ma démarche d’automate mal réglé, mais je m’avance, fière comme un coq  en haut de ma piste verte.

Mais il y a aussi les soirées de descente aux flambeaux, emmitouflées dans des d’écharpes et des gants tout humides, les guerres de boules de neige et les courses de luge frénétiques.

Et les soirées raclette aussi, où on se demande comment on peut encore tenir et manger autant, tellement on est déjà épuisé de sa journée.

Ah…La chambre chaude qui clame toute son authenticité. Entre combinaisons, chaussettes, gants et bonnets en tous genres, flanqués là où ils peuvent sécher au mieux pour le lendemain, je me fraie un chemin vers la fenêtre pour enfin admirer les nuits douces et silencieuses du monde blanc. Je m’endors ensuite, physiquement fatiguée d’avoir passé des heures sur une chaise longue, à siroter des vins chauds à la cannelle et aux raisins secs,  à rêvasser.

Alors je continue à m’avancer dans les rayons trop lumineux du supermarché, et je suis contente.

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La Rupture - Stéphaine MICHELIN-NOUBEL

October 16th, 2006 by dani

à X.

C’était une liaison singulière comme on en vit parfois, à l’aurore des légendes.

Dans les hasards de mes éveils nocturnes, je me demandais où était la ligne d’arrivée de nos olympiades amoureuses, brûlantes et destructrices.

Nous nous aimions,
nous nous blessions,
nous nous quittions,
nous nous manquions,
nous nous aimions,
nous nous blessions,

La marguerite de notre amour était toujours aussi vivace, mais nous l’avions décidément trop effeuillée.

Au matin d’un dimanche qui s’enlise, les cernes sous les yeux se dessinant peu à peu, toujours plus profondes, on ne voit alors plus rien que l’ombre de soi-même dans un décor sentimental de champ de batailles et de passions dévasté.
La raison l’emporte ; on décide d’arrêter.

Les sentiments s’emmêlent dans un désordre obscur où la souffrance trône, mais on le sait, il faut le faire, il faut en finir, il faut le lui dire…
Les mots s’égrènent au rythme de la rupture et à mesure qu’ils me libèrent de cette folie amoureuse, ils me volent aussi mon souffle de vie.

Au lendemain de cette séparation, le jour s’est levé sur mon corps solitaire, insatisfait, en mal de caresses—de tes caresses—,en mal de rêves et d’espoir. Le visage éclaboussé de larmes, j’étais malade de toi au milieu des plaies de ce trop vieux monde, mais je devais survivre…

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Les joies de la douleur - JSS

October 16th, 2006 by dani

En 1990, après une longue période de convalescence, je m’ouvrais à nouveau à la vie. J’étais encore jeune et avais énormément d’amour à donner. Ainsi, je fis la connaissance d’un homme dont je tombais éperdument amoureuse. Ce fut comme un ouragan. Dès notre rencontre, ce fut l’osmose car rien ne nous séparait, nous aimions et avions le plaisir de recevoir, de marcher, de danser, d’écouter de la musique et surtout de faire découvrir à l’autre différentes formes de cultures. Un seul regard suffisait à cette époque pour nous comprendre. Read the rest of this entry »

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October 14th, 2006 by dani

To know you don’t know is best. -Lao-Tzu, Chapter 71, Te-Tao Ching

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Claire Unearthed

October 12th, 2006 by dani

She peered through the nighttime shadows at her sleeping daughter in the crib and eased the empty bottle from the toddler’s fingers. The glass was still warm from where the child clutched it for comfort. She inhaled deeply to fill her emptiness with the infant’s sweet odor and begrudgingly backed out of the room, closing the door. Though she was drowning in love for Sylvie, her creation, there was something missing, something she couldn’t quite grasp. Something that hurt too much to think about.

Christine tucked the rebellious wisps of her auburn hair behind her ear as she sat down at her desk to concentrate. Her freckled, oval face strained with intensity in front of the blank page and now that the heat of the August day had passed, she felt a chill invade her spine in the dim silence of her study, away from the din of her husband watching TV.

She had often thought about drafting a letter to her Great Aunt Jeannette, first out of guilt, then out of a desire to know more about her family before it was too late. Aunt Jeannette was the last living of twenty-two children who spent her days, waiting and depressed in a nursing home that was not home, spitting out her Prozac as soon as the nurse left the room. Christine’s childhood memories of her aunt flashed in front of her glazed eyes, as if she were watching a slide show, images of a spirited older woman serving savory pork pies at their Franco-Canadian family reunions every summer. Christine didn’t know if they were her memories or ones she stole from watching shaky, homemade films. Read the rest of this entry »

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