C’est une maison que toi, la mère, tu as voulue avec acharnement et opiniâtreté, maison solide en pierre, le toit y compris, maison de famille disais-tu.
Accotée au nord à cette montagne qui te défiait, bien assise sur un replat de terrain. Au sud, une terrasse surplombe la combe, espace privilégié pour prévoir le temps, suivre l’évolution du soleil et des saisons.
La terre est rude dans ce pays perdu, âpre et beau, loin de toute civilisation, au bout du monde.
Le soleil écrasant en été, l’automne avec sa palette de couleur, la blancheur craquante de l’hiver, la transparence rosée de l’air au printemps l’enveloppent et la transforment tout au long de l’année, rythmant le travail de la terre et des animaux.
C’est la vie que tu as voulu accrocher là avec entêtement et persévérance. Chaque parcelle de terrain dépierrée par toutes les mains disponibles pour mettre en culture le seigle ou le blé.
Tu agrandissais la propriété pour tes enfants, en fait, pour l’aîné qui devait reprendre l’exploitation comme la coutume paysanne le voulait.
De cette situation élevée, ton œil exercé apercevait le facteur bien avant d’en entendre le pas. Rien n’échappait à ton attention, même la nature par son silence t’annonçait les visiteurs.
C’est une maison tapie, mystérieuse, avec plusieurs issues. La porte principale donnant sur la terrasse, porte de réception, de sortie le dimanche, de vêtements propres et parfumés. Porte réservée aux visites, fermée le soir et aux importuns par un verrou qui grince et claque. Une autre porte, dérobée celle-là, rapiécée de bois, s’opposant par des grognements obstinés au souffle du vent opiniâtre l’attaquant sans relâche. La nuit, on la barrait avec un étai en bois. Elle servait à la vie de tous les jours, la vieille porte de l’ouest. Elle recevait la noix, la châtaigne, l’amande, le grain, le fagot. Gens et bêtes en usaient indistinctement ; seule la mort n’était jamais passée par elle. Se succédaient alors les pièces de service. Celle à la cheminée destinée à la pâtée des cochons et des chiens ; puis la réserve à foin servant à mûrir le fromage, conserver le pain et nourrir les lapins.
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