Colorful Prose

Une Plume Pour Donner des Ailes : L’Atelier d’Ecriture Lambescain

October 16th, 2006 by dani

L’Atelier d’écriture Lambescain est né d’un désir de se rencontrer pour partager une passion de l’écriture et de créer un réseau de soutien pour pouvoir nous améliorer en nous écoutant les uns les autres. C’est aussi l’occasion d’explorer l’imagination et les idées enfouies pour les faire surgir sous nos plumes. A travers les exercices, l’appréhension de la page blanche disparaît peu à peu et l’expression écrite devient accessible à tous.

En 2003, nous avons travaillé sur le thème des sens et avons pu créer une première collection d’œuvres, « Sensations », regroupant les œuvres originaux d’au moins sept auteurs, dont six femmes. L’activité est gratuit pour tous ceux qui souhaitent y participer et se déroule un samedi après-midi par mois.

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La Maison - Andrée CLOT

October 16th, 2006 by dani

C’est une maison que toi, la mère, tu as voulue avec acharnement et opiniâtreté, maison solide en pierre, le toit y compris, maison de famille disais-tu.

Accotée au nord à cette montagne qui te défiait, bien assise sur un replat de terrain. Au sud, une terrasse surplombe la combe, espace privilégié pour prévoir le temps, suivre l’évolution du soleil et des saisons.

La terre est rude dans ce pays perdu, âpre et beau, loin de toute civilisation, au bout du monde.

Le soleil écrasant en été, l’automne avec sa palette de couleur, la blancheur craquante de l’hiver, la transparence rosée de l’air au printemps l’enveloppent et la transforment tout au long de l’année, rythmant le travail de la terre et des animaux.

C’est la vie que tu as voulu accrocher là avec entêtement et persévérance. Chaque parcelle de terrain dépierrée par toutes les mains disponibles pour mettre en culture le seigle ou le blé.

Tu agrandissais la propriété pour tes enfants, en fait, pour l’aîné qui devait reprendre l’exploitation comme la coutume paysanne le voulait.

De cette situation élevée, ton œil exercé apercevait le facteur bien avant d’en entendre le pas. Rien n’échappait à ton attention, même la nature par son silence t’annonçait les visiteurs.

C’est une maison tapie, mystérieuse, avec plusieurs issues. La porte principale donnant sur la terrasse, porte de réception, de sortie le dimanche, de vêtements propres et parfumés. Porte réservée aux visites, fermée le soir et aux importuns par un verrou qui grince et claque. Une autre porte, dérobée celle-là, rapiécée de bois, s’opposant par des grognements obstinés au souffle du vent opiniâtre l’attaquant sans relâche. La nuit, on la barrait avec un étai en bois. Elle servait à la vie de tous les jours, la vieille porte de l’ouest. Elle recevait la noix, la châtaigne, l’amande, le grain, le fagot. Gens et bêtes en usaient indistinctement ; seule la mort n’était jamais passée par elle. Se succédaient alors les pièces de service. Celle à la cheminée destinée à la pâtée des cochons et des chiens ; puis la réserve à foin servant à mûrir le fromage, conserver le pain et nourrir les lapins.
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Eloge du carillon à vent - Liliane LASBLEIS

October 16th, 2006 by dani

Il est des objets dont l’unique raison d’être est dans le mouvement , et qui , inertes , n’attirent l’attention d’aucune manière .
Mais qu’ils s’animent soudain , parcourus d’infimes vibrations , réveillés par d’insoupçonnables tremblements , et notre attention est irrrésistiblement captée .
Amis qui montez  les marches menant à ma porte , levez le nez vers mon carillon à vent !
Ce n’est certes à vos yeux qu’un assemblage de tubes creux suspendus à hauteurs inégales au bout de leur fil , immobiles dans la torpeur de ce jour d’été .
Mais attendez que se réveille la brise , que renaisse le zéphyr, et vous entendrez une musique céleste .
Ne montez pas à la hâte les quelques degrés de mon perron dans votre empressement à frapper à mon huis , si vous me visitez un jour de grand mistral !
Prenez plutôt le temps d’écouter la petite musique du carillon à vent : n’évoque-t-elle pas quelque harpe céleste pincée par un angelot joufflu ? Ou quelque eau pure cascadant sur des rochers moussus un jour de canicule ? Le son en est si cristallin , léger et rafraîchissant ….
Quand le vent se lève , mon carillon tintinnabule , d’abord imperceptiblement , puis ces quelques notes , qui sont les prémices d’un joyeux déchaînement , accompagnent bientôt les bourrasques dans une symphonie de notes harmonieuses , ou aigrelettes , c’est selon !
Oui , j’aime mon  carillon , petit cousin rieur et insouciant du bourdon majestueux et sévère de la cathédrale , des sonnailles rustiques du troupeau alpestre en transhumance sur les chemins de montagne , ou des joyeuses clochettes du traîneau glissant sur les sentiers enneigés …..
Il est discret , mais bien présent , suspendu à mon porche , tel un guetteur vigilant , prompt à m’avertir du retour des tempêtes .
Gongs et carillons repoussent les esprits au Pays du Soleil Levant , dit-on .
Eh bien que mon carillon à moi attire au contaire tous les dieux du vent au seuil de mon humble demeure !
Et que “tramountano , mountagnero , mistrau et vent de soleu” tourbillonnent autour de mon cher objet , à tout jamais !

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L’Ecorce du Secret - Stéphanie MICHELIN-NOUBEL

October 16th, 2006 by dani

Un feu brûle dans une cheminée.
Il illumine les visages d’êtres
Qui rêvent et désirent ce qu’ils n’ont pas.

Une feu brûle dans un cœur embrasé,
Et fait briller le saphir de mes yeux
Qui dessinent des plaisirs prohibés…

Le manteau de sa voix chaude m’enveloppe,
Le musc viril de son odeur me trouble,
Le calice de son regard m’enivre,

Les sables mouvants du désir me happent
Lentement vers les brumes de la faute.
Le silence est l’écorce de mon secret…

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Les mains de femme - Jean CAMPION

October 16th, 2006 by dani

Ta main de femme a le pouvoir
D’éterniser ma rêverie.
À sa présence, dans le soir,
L’espoir s’embrase en féerie.

Je t’aime, douce main de femme
Attentive au moindre baiser,
Sortilège mouvant, ton charme
Se veut félin pour apaiser.

Frôleuse pour donner l’amour,
Expressive pour implorer,
Étrange rameau de velours
Surgi d’un cœur pour apaiser !

Au cadran des heures paisibles
Où veut s’écouler le bonheur,
Tes mains forgent des impossibles
Pour réaliser des splendeurs.

Sur le berceau, c’est la caresse,
Si riche de maternité,
Que ta main lègue en allégresse
Au fruit de ta fécondité.

Et quand sur de fines dentelles
Elles composent des trésors,
Ne sont-elles pas sensuelles
Tes mains s’offrant sur ces décors ?

Minute douce, ou temps de peine,
Tends vers moi tes doigts de satin !
J’y poserai, quoi qu’il advienne
Le trait d’union de nos destins.

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Le Train-Train Quotidien - Caroline HUTTNER

October 16th, 2006 by dani

Grelottant sur le quai de la gare, les mains serrant un journal et mon livre « Le Voyageur Imprudent », je fredonne « Les Passantes » en regardant les gens, la tête légèrement enfouie dans mon écharpe. Dans le hall de la gare, on entend le micro craqueter :
- Les voyageurs à destination de la Croisière s’Amuse avec changement à L’Ile Fantastique sont priés de se rendre au guichet d’Information Voyageurs.
- Quelle étrange destination!
Je fouille désespérément dans mon sac, entre la trousse de maquillage et les lunettes de vue pour vérifier mes billets de train à destination de « Home Sweet Home». Je suis rassurée. Soudain, je vois une horde de gens se précipiter vers le guichet d’Information Voyageurs.
- Mais qu’est-ce qu’ils ont tous ?
D’un pas lent, un peu gauche, comme une crabe, je me rapproche ni vue ni connue vers l’attroupement.

J’entends marmonner les gens qui font apparemment des réclamations. Je me m’avance un peu plus. Puis, tout d’un coup, les gens se dispersent, traversent à grands pas le quai de la gare, et s’engouffrent dans un vieux coucou à vapeur du 18ème siècle.
- Mais enfin, c’est quoi cette gare ?! Read the rest of this entry »

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L’Abus

October 16th, 2006 by dani

Ses paupières bleues
restent collées
l’une contre l’autre
pour ne pas voir
les coups qu’elle subit.
Car une fois révéillée,
la responsibilité écrasante
de se défendre
les tiendra ouvertes
à jamais.

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Mon travail et ses odeurs - Jacqueline SAUVAGE

October 16th, 2006 by dani

Comme le veut la tradition, il faut suivre son mari partout. Aussi, un jour de mars 1996, je quittais seize ans d’une activité au service d’autrui, pleine d’odeurs, de plaisirs.
Quelle satisfaction de sentir le regard confiant d’un patient allongé sur un fauteuil qui cherche dans vos yeux le réconfort.
Quel bonheur de lire la joie du travail fini et les remerciements de nos patients, leurs angoisses élucidées.
Quel plaisir d’ouvrir la porte du cabinet chaque matin est d’y retrouver les odeurs quotidiennes. Ses odeurs, comme le clou de girofle, condiment culinaire, qui est une essence des préparations dentaires et, associé à une poudre, permet d’obtenir la fabrication d’un pansement calmant la douleur. Read the rest of this entry »

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Le chant d’une Sirène ! - Jean CAMPION

October 16th, 2006 by dani

Ca fait pourtant bien longtemps que je ne crois plus aux Sirènes. Devrais-je admettre que je m’étais trompé ?

Pendant la période des vacances, j’avais pris l’habitude de débuter ma journée en me promenant le long de la grève. J’y avais trouvé un endroit idéal, tranquille, propice à mon besoin d’évasion et j’y avais élu domicile.

Ce matin-là, j’étais un peu fébrile, en me dirigeant vers la petite crique. Pourquoi ?… Je ne saurais le dire. J’aimais cet endroit calme et presque intemporel, endroit qui m’était devenu, au fil des jours, si familier… Je m’y donnais souvent rendez-vous égoïstement. Allongé sur le sable fin, je me prenais alors à rêver, laissant mon imagination vagabonder à sa guise. Je me laissais emporter par une sorte de griserie mentale qui se mêlait aux senteurs iodées venues du large. Le ressac de mes pensées venait buter sur les à priori de mon quotidien, comme les vagues léchant inlassablement le rocher de granit rose dressé en avant garde à dix pas de la falaise. Il devait y avoir similitude entre l’agitation de cette nature sauvage et le roulis de mes pensées confuses. Read the rest of this entry »

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Tea-Time - Liliane LASBLEIS

October 16th, 2006 by dani

Le crachin obstiné qui mouille les pavés
Du village endormi autour du presbytère
Transperce mon chapeau et mes habits légers
L’éclaircie ce matin fut bien trop éphémère !

Au coin d’une ruelle , oublié par le temps ,
Un beau salon de thé , caché sous le cytise ,
Semble s’être assoupi , attendant le chaland ,
J’entre pour m’y sécher , retrouver belle mise .

C’est un hâvre de paix et de quiétude tendre ,
Que ce modeste endroit aux parfums enivrants .
Des théières en Wedgewood s’apprêtent à répandre
Dans les tasses fragiles le breuvage apaisant .

Un subtil Darjeeling , légèrement infusé ,
Et prestement versé dans la coupe fleurie,
Enchante mes papilles , et le scone bien doré ,
Dans l’assiette en faïence invite à l’appétit .

Sur la grosse moquette tant de fois piétinée ,
Mes souliers fatigués prennent un peu de repos ,
Un couple de ladies tout de mauve habillées
S’entretient à mi-voix , se choisit un gâteau .

Des serveuses accortes , le tablier noué ,
Font teinter doucement les cuillers en argent .
Une pendule au mur , baroque et chamarrée ,
Egrène les secondes et me dit en passant

Qu’hélas je vais bientôt quitter ce nid douillet
Et retrouver dehors la pluie et la grisaille
Laisser derrière moi chaleur et volupté
En sachant que dès lors et aussi où que j’aille

Dans un coin de mon coeur , bien au chaud , à l’abri
Le souvenir charmant de ce petit salon
Aura à tout jamais un goût de paradis.
Quand j’y repenserai , comme mes yeux brilleront !

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