Colorful Prose

Cher Père Noël

February 6th, 2007 by dani

Je ne t’écris pas pour moi-même, mais pour ma cousine. Moi, j’ai tout ce qu’il me faut—une jolie maison, deux adorables enfants, un travail, de belles vacances au soleil et la santé…surtout la santé.

Pour ma cousine, celle qui a un an de plus que moi et qui est enseignante, je voudrais te demander quelque chose.

Elle a perdu son enfant il y a six ans; elle n’a pas pu lui donner la vie à cause de sa maladie qui l’empêchait de grandir dans son ventre. Je ne peux même pas imaginer sa douleur. C’était déjà miraculeux qu’elle ait pu avoir le premier. Mais je ne te demande pas de lui donner un enfant—non, ça serait trop cruel.

Je te demande, cher Père Noël, que son mari survive. Sa tumeur cérébrale a recommencé à pousser et les médecins n’arrivent pas à retarder sa croissance. Ils l’ont prévenu, suggérant de mettre toutes ses affaires en ordre, notamment son testament, avant son intervention qui est prévu une dizaine de jours avant Noël. Oui, Père Noël, s’il te plaît, fais qu’il vive. C’est tout ce que je te demande pour Noël.

D.

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La semance

January 10th, 2007 by dani

C’était une belle journée de printemps, ensoleillée avec une légère brise. Nous avons passé l’après-midi à nettoyer les bordures du jardin pour planter des graines de tournesol et de radis. Mes filles ont mis leurs chapeaux et leurs gants de jardinage, et nous avons travaillé toutes ensemble pour réveiller la terre après ses mois de somnolence, à retourner le sol et à enfouir les graines. Tous les jours, les filles amèneront de l’eau à leurs trésors jusqu’à ce que la promesse de la vie nouvelle, qu’elles attendent avec impatience, devienne une réalité, comme faire un vœu sur l’étoile du soir, jusqu’à ce qu’il se réalise. Elles leur ont même chanté une chanson pour les aider à pousser.

Mais moi, j’arrache les racines de la menthe qui envahit mon jardin – la menthe, une herbe prisée des cultures arabes. Je déplore la futilité : la futilité d’essayer à sculpter la nature à notre convenance, la futilité d’arranger quelques mètres carrés du jardin quand des gens meurent dans une guerre lointaine que j’abhorre, une guerre qui a reclamé plus de vies depuis sa « fin » que pendant l’action elle-même. Ma conscience n’est pas tranquille. Je me réveille en sursaut dans des cauchemars où des soldats rampent par terre, mitrailleuse à la main, dans une poussière orange et le lendemain, je revoie ces mêmes images à la télé. Je suis impuissante devant ce monde méconnaissable et je compense mon incompréhension en laissant courir ma colère sur la nature. Je rythme mes interrogations sur l’injustice par des coups de pioche.

Depuis quand, la Constitution des Etats-Unis, a-t-elle été amendé à lire : « Tous les hommes sont égaux, sauf ceux du moyen-orient. » Peut-être qu’ils l’ont fait au même moment qu’ils ont voté le don de pouvoirs d’urgence, anti-constitutionnels, au Président. La paranoïa effrénée empêche-elle à chacun de se rappeler les droits inaliénables des prisonniers à Guantanamo ?

Je ne peux soutenir un gouvernement qui camoufle les réalités économiques d’acquérir, en vraie colonialiste, la deuxième plus grande réserve pétrolière du monde, derrière une charade de caches d’armes introuvable, des armes fournies probablement par les USA à une autre époque. Je ne peux soutenir un gouvernement qui permet que les intérêts privées récoltent les bénéfices d’une guerre meurtrière et la reconstruction d’un pays dévasté où les graines de haine poussent avec des racines profondes. Je ne peux soutenir un gouvernement qui ignore les options pacifiques et qui procède à la destruction sans preuve face à la protestation d’une planète entière. Je ne peux soutenir une culture gloutonne qui usurpe environ trois-cinquièmes des ressources mondiales pour seulement 5% de sa population, sans arrière pensée. Je ne peux soutenir un gouvernement qui ridiculise les organismes internationaux.

Alors, je montre à mes enfants le miracle de la vie. Je leur inculque la tolérance et la conscience sociale. Je leur apprends à détester la guerre et la destruction, détester des circonstances qui mènent des gens à faire le mal. Je leur enseigne la compassion pour toute chose vivante, la responsabilité pour ceux dans le besoin et le courage de changer au mieux le monde autour d’eux.

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La magie de Noël

December 24th, 2006 by dani

La femme : grande, mince, pale aux cheveux noirs coupés sévèrement autour de son visage pointu. Son ventre ne se tendra pas sous les tiraillements de la vie naissante de l’intérieur, mais elle deviendra mère.

L’homme : fort, mais sensible et mal compris, cherchant à laisser sa marque sur le monde, à trouver la raison de son existence, à trouver un cible pour son trop-plein d’amour et à combler son vide.

Ce Noël magique dans un pays ensoleillé et surpeuplé, ils ont fait la connaissance de leur fils pour la première fois.

L’enfant : à un an et demi, un regard filou et étincelant, chocolat de peau, doux et enivrant pour mettre un fin à la famine de ses parents.

Ils ont tendu leurs bras pour accueillir ce cadeau de Dieu, comme Marie avec son petit dans l’étable.

Trois anneaux liés ensemble, chacun indépendant mais inextricable, formant une seule bague : une famille.

La Famille

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Claire Ressuscitée

October 12th, 2006 by dani

Elle chercha à percer l’obscurité de la nuit pour discerner l’ombre de sa fille endormie dans le lit à barreaux et fit glisser le biberon vide des doigts du bambin. Le verre retenait encore de la chaleur là où l’enfant l’agrippait pour se réconforter. Elle inspira profondément pour retenir en elle la douce odeur du bébé et, à contrecœur, recula à l’extérieur de la chambre en refermant la porte. Bien qu’elle se noie d’amour pour Sylvie, la fruit de ses entrailles, quelque chose lui manquait, quelque chose qu’elle n’arrivait pas à saisir. Quelque chose qui faisait trop souffrir pour y penser.

Christine replia les mèches rebelles de ses cheveux auburn derrière son oreille et s’installa à son bureau pour se concentrer. Son visage ovale, poivré de taches de rousseur, fixa intensément la page blanche. Maintenant que la chaleur de cette journée d’août était passée, elle ressentit un frisson lui glacer le sang dans le sombre silence de sa bibliothèque, loin du vacarme de la télé que regardait son mari.

Elle avait souvent pensé rédiger une lettre à sa Grand-tante Jeannette, d’abord par sentiment de culpabilité, puis par un désir d’en savoir plus sur sa famille avant qu’il ne soit trop tard. Tante Jeannette était la dernière en vie d’une lignée de vingt-deux enfants. Elle passait ses journées à attendre, déprimée, dans une maison de retraite qui n’était pas sa maison, à cracher son Prozac dès que l’infirmière quittait la pièce. Les souvenirs d’enfance que Christine avait de sa tante défilèrent devant ses yeux vitreux, comme si elle projetait un diaporama, des images d’une femme âgée pleine de verve, affairée à servir de savoureuses tourtières aux réunions de famille franco-canadienne organisés chaque été. Christine ne savait pas si ces images correspondait à ses propres souvenirs ou à celles qu’elle avait volés en regardant des films amateur tremblants. Read the rest of this entry »

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Le Secret des Prunes Sauvages

October 10th, 2006 by dani

Je peux encore sentir la douceur des prunes sauvages qui poussaient dans ton jardin quand nous étions trop jeunes pour savoir si nous serions amis. L’arbre était tellement chargé de fruits que le poids en tirait les branches vers le sol pour former les murs de notre sanctuaire. Nous étions contents, cachés tout l’après-midi à l’intérieur de notre igloo de verdure, toi assis sur une branche, face à la route, moi sur une autre, face au champ. Notre conversation innocente remplissait notre refuge-caverne ; la chair douce des prunes au goût âpre remplissait nos ventres. Le fruit était réchauffé par le soleil et tellement éclatant de promesses que la peau lisse et soyeuse explosait d’un « pop » quand on mordait dedans. Le jus coulait le long de nos mentons bronzés ; la poussière s’accrochait à nos mains collantes.

Je cherchais ta compagnie dans les ombres, toi, le garçon d’à côté, aux cheveux blonds roux et au nez soupoudré de taches de rousseur. Mes sentiments envers toi n’ont jamais été amoureux, mais, d’une certaine façon, je me sentais rassurée de me retrouver auprès de quelqu’un qui partageait la même rue, quelqu’un venu au monde juste sept jours après moi, un compagnon de circonstance. Une enfance pittoresque, vue de l’extérieur, diraient certains.

Mais, ton bégaiement te trahissait. Quelque chose t’empêchait de raconter…T’interdisait de crier ton martyre…Te contraignait à contrôler chaque syllabe avant de t’affirmer. Read the rest of this entry »

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