Dies Irae - Liliane LASBLEIS
dani
C’est l’histoire d’un homme dont la mort n’a pas voulu.
Et l’histoire de sa colère face à la coalition des vivants qui ont fait de sa tentative de suicide, un échec…non programmé.
Voici les faits, tels qu’ils furent relatés dans « La Provence », il y a quelque temps.
Ce jour-là, un gros titre s’étalait dans la rubrique « faits divers » de la page locale : «L’automobiliste sauvé après une chute dans l’eau »…
L’accident, pour tragique qu’il fût, relevait hélas du banal, de l’anodin, dans la triste litanie des drames qui, jour après jour, font le charme vénéneux de nos gazettes, direz-vous…..
Mais attendez la suite ! L’article nous apprenait que ledit automobiliste, un homme de 58 ans, s’était immolé par le feu dans son véhicule avant de se jeter dans le vide, et que 2 personnes, pêcheurs occasionnels, n’avaient pas hésité à lui porter assistance.
Voilà un homme qui n’a pas de chance…Oui, vous avez bien lu ! Il voulait désespérément mourir et on l’en a empêché…Tout de même, cet homme était bien déterminé à en finir avec la vie, et pour mener à bien son funeste projet, il avait même procédé à ce que l’on pourrait appeler un suicide dans son suicide.
Il s’était en effet, nous informait le journaliste, aspergé d’essence et avait craqué une allumette, assis dans sa voiture qu’il avait pris soin de bien positionner au bord de la falaise, le pied posé lourdement sur l’accélérateur…Une telle détermination force l’admiration, on ne peut qu’en convenir…Mais imaginez, ne fût-ce qu’un instant, le courage qu’il a fallu au malheureux pour accomplir cette série de gestes longuement et mûrement réfléchis, parfaitement conscient que la douleur serait épouvantable, la sensation d’être transformé en torche vivante indicible, et que son martyre, qu’une divine sollicitude rendrait peut-être bref, n’en serait pas moins atroce.
Il pensait que son mal de vivre, ses soucis innombrables, s’abîmeraient avec lui dans les profondeurs liquides d’une crique isolée et déserte en cette journée de Novembre…Et le voilà qui se réveille de son coma artificiel, au service des grands brûlés de l’hôpital, les mains et le visage en lambeaux, souffrant d’un grave traumatisme crânien.
Il a souffert, il souffre et il souffrira encore, lui qui croyait en avoir fini avec sa chienne de vie….
Il se dit alors, dans un éclair de lucidité, que tout va devoir être remis en œuvre, planifié, organisé, pour tenter de mettre de nouveau un terme à son existence. Il lui faudra une fois encore mobiliser tout son courage, toute son énergie—qui, contre toute logique, lui font tant défaut au quotidien—un peu plus tard, quand il aura moins mal, quand il sera moins entouré, quand on sera moins vigilant à prévenir toute récidive…Quelle échappatoire va-t-il trouver, cette fois ?
Alors sa colère explose…Oui, malgré les canules, les tubes qui hérissent son pauvre corps, les perfusions qui le percent de toutes parts, il a envie de hurler sa colère, sa fureur, son découragement…
Oui, il est furieux que deux bons samaritains aient cru de leur devoir de lui porter assistance. De quel droit sauve-t-on les gens contre leur gré ? Au nom de qui et de quoi intervient-on dans la destinée d’un pauvre bougre qui n’a qu’une envie : aller de l’autre côté, au Paradis des laissés pour compte du bonheur terrestre.
Peu à peu cependant, le malheureux se calme ; effet des drogues administrées ou retombée bien naturelle de son accès de fureur…
Il réalise peu à peu que c’est un conducteur en grande difficulté qu’ils ont cru aider, et non un désespéré au bout du rouleau. Quand l’heure est à l’action, il est des questions que l’on ne se pose pas nécessairement…
Alors il redevient doux comme un agneau, et le sourire de l’infirmière, un ange qui le manipule avec une douceur infinie et le soigne avec la tendresse d’une mère, brise peu à peu et à son cœur défendant, sa résistance à la petite musique du bonheur possible
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Quant à moi, j’étais en colère aussi car mon mari était parti pêcher avec son ami Roland, ce jour-là, dans une petite crique très poissonneuse des environs de La Ciotat…et parce qu’il s’était absenté bien plus longtemps que nécessaire.
« Tu ne devineras jamais ce qui nous est arrivé », avait-il prétexté, de retour à la maison. Moi, de mauvaise humeur, je fulminais et enrageais Ne m’avait-il pas promis de s’atteler enfin à l’accrochage d’un luminaire acheté il y a 3 mois ?!!
La colère n’a décidément pas d’échelle de valeurs…
Posted in Writers' Workshop Collections - 2006 (French) |






























