Nil Admirati – Anonyme
dani
Ah, te dirai-je, maman, ce qui cause mon tourment ?
M’en voudras-tu si je décide aujourd’hui de ne pas dire à la vieille femme que tu es devenue ce que j’ai sur le cœur ?
Ou choisis-tu d’entendre les non-dits d’autrefois et leur cortège de rancoeurs ?
Un souvenir, parmi d’autres, m’est pénible : le jour où je t’ai avoué
« Réalises-tu, maman, que tu vas devenir grand-mère ? »
Mécanique, et comme détachée, tu m’assénas alors un « bon, c’est bien, et à part ça, quoi de neuf à la maison ? »
Apparemment la formidable nouvelle te laissait indifférente…
Toi qui avais porté la vie en ton ventre par deux fois…
Et pour toi, maman, ai-je alors crié dans ma tête, cela s’est passé comment quand tu fis cette déclaration à ma grand-mère 50 ans plus tôt ?
Rien n’a jamais été dit à ce sujet, sur tes relations avec celle qui t’avait donné la vie (fut-elle aussi froide que tu le fus ce jour-là ?), ou sur les liens qui d’ordinaire unissent une maman et sa fille.
Ni toi ni moi n’avons jamais évoqué cet épisode de ma vie et les confidences ne vinrent jamais au fur et à mesure que mon ventre s’arrondissait.
Et quand je nous regarde, ma fille chérie devenue femme et moi, et que j’écoute ses petites confessions, ses grands emballements, ses projets, ses émerveillements, que je partage à l’unisson, je me dis que :
Le vieux cliché « telle mère, telle fille » a bien du plomb dans l’aile…n’en déplaise à Monsieur Freud.
Posted in Writers' Workshop Collections - 2004 (French) |
1 Comment »

December 23rd, 2006 at 5:24 pm
La pire chose qui puisse t’arriver c’est ta mère!