Valentine – Andrée CLOT
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Petite boule de poils multicolores, depuis quelques années déjà, je partage la vie de cette famille de quatre enfants. Après deux déménagements, nous voici fixés à Lambesc dans une maison d’un village de trois mille cinq cents âmes. De la terrasse je peux investir les jardins et les prés alentour, heureusement car j’ai l’habitude de faire du sport tous les jours et aussi un peu de chasse pour subsister.
Quelle ne fut pas ma surprise en arrivant : la voisine la plus proche portait le même prénom que moi, Valentine, moi qui me croyais unique ! Pourvu que le facteur ne fasse pas d’erreur !
C’est la rentrée, école et catéchisme occupent les enfants une bonne partie de la semaine, et le dimanche, la messe : nous sommes dans un milieu catholique. Chacun son apprentissage. Pour ma part, c’est la reconnaissance du terrain ainsi que diverses civilités avec le voisinage.
Voilà qu’un soir, un orage éclate. Tout le monde aux abris ! C’est le moment d’aller se coucher. Je me faufile dans la première chambre ouverte et me glisse dans le lit de la petite fille enfouie sous les couvertures, tremblante et claquant des dents. Nul ne peut deviner que nous sommes deux là-dessous n’en menant pas large, essayant de nous rassurer quant à la suite des évènements.
C’est la tempête, les éclairs illuminent la chambre malgré les volets fermés. Le tonnerre a rameuté tous ses tambours et s’en donne à cœur joie. Des cataractes tombent du ciel, faisant un bruit d’enfer, dévalant la rue et s’engouffrant dans la bouche d’égout toute proche. Cet égout ne pourra jamais absorber toute cette eau, elle va monter, monter jusqu’ici. Mon poil se hérisse ; les chats n’aiment pas l’eau, c’est bien connu ! La terreur s’installe, la panique nous gagne, nous essayons de nous aplatir encore plus, faisant corps avec le matelas, les yeux grands ouverts d’épouvante sur ce futur cataclysme dont l’imminence ne saurait tarder, nous clouant au fond du lit. C’est le déluge ! Cette fois-ci, personne n’en réchappera, ni hommes, ni animaux, tous emportés par ces flots incontrolables.
Si au moins c’était du feu, toute cette eau serait utile pour l’éteindre. Mais comment arrêter l’eau ? Mission impossible ! Bientôt roulé et emporté par le courant, nous aussi, nous dévalerons jusqu’à la mer et les requins ne feront qu’une bouchée de nos corps ballotés. Accrochons-nous au bois du lit.
Si au moins une prière existait pour faire cesser ces trombes d’eau ; habituellement on implore Sainte Anne mais c’est pour pallier à la sècheresse : danger ! Nous ne pouvons qu’attendre, désespérées. Des images catastrophes venues de la nuit des temps se téléscopent dans nos têtes, augmentant notre angoisse.
A un moment ou un autre, avons-nous manqué de sagesse ? Peut-être, mais quand ? De toutes façons, il est trop tard ! Ce ne serait tout de même pas les quelques malheureuses souris avalées, même si je joue un peu avec avant de les croquer ? Faut bien se nourrir ! Et de quoi donc pourrait être responsable ce bout de chou qui tremble à côté de moi ? Six ans et demi à peine, même pas l’âge de raison ! Le pêché originel comme monsieur le curé l’appelle ? Est-elle baptisée au moins ?
Si nous survivons à cette catastrophe, promis, juré, je ne jouerai plus avec les souris avant de les avaler.
De crainte en angoisse, nous tombons dans un profond sommeil pour nous réveiller le lendemain toujours au fond du lit mais sauvées, vivantes. Miracle, le soleil brille ! Allons voir si quelques mulots ont survécu que j’exerce mes réflexes.
Posted in Writers' Workshop Collections - 2004 (French) |
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